Nos amis alsaciens du MGCF, Régis Davard et Pascal Wendel y étaient les 9 et 10 septembre derniers. C’est leur « Roadtrip » qu’ils nous proposent de vivre avec eux, pour partager leur enthousiasme d’un week-end fantastique et dans une ambiance inimitable.

Lorsque j’ai évoqué la première fois l’idée d’aller au Goodwood Revival Meeting avec nos deux MGB avec Pascal, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’avait pas l’air très emballé ! Il faut dire que les trois grandes dernières sorties que j’ai faites se sont soldées par des pannes (alternateur et condensateur deux fois) sans parler du fait que la MG de Pascal a une étanchéité somme toute très relative… Alors aller à Goodwood pourquoi pas, mais faire la route avec nos MG ? Eh bien justement, sans doute pour le goût de l’aventure.

Quelques mois plus tard, en Février 2017 nous réservons nos accréditations : ce sera entrée + pass  « grand stand groving » pour le samedi, et entrée simple pour le dimanche pour cause de retour vers la France. Petit à petit le voyage prend forme : nous partirons le jeudi soir de notre petite ville d’Alsace du nord, Wissembourg, pour relier Metz où je prévois un dîner chez mes beaux-parents, puis nous ferons Metz-Reims-Calais pour attraper notre navette Eurostar à 16h30 le vendredi, et une fois sur la perfide Albion il nous restera deux heures de routes par la côte pour rejoindre notre B&B à Upper Beeding, un peu après Brighton. Le premier contact téléphonique avec Lesley, notre hôte, est très prometteur : elle héberge chaque année un couple d’anglais qui viennent avec leur voiture ancienne à Goodwood et puis… cerise sur le gâteau, elle a elle aussi un MG, une F.

La réception des billets d’entrée dans un magnifique booklet « so british » appelé « your documents » nous transporte déjà dans l’univers de Goodwood. Je me plonge dans le descriptif de la manifestation et me régale à la lecture des deux pages réservées au « dress code ». Car c’est là la particularité de Goodwood revival : les visiteurs sont invités à s’habiller « vintage », des années 30 aux années 70, … il va falloir réfléchir à ce petit détail.

En parlant de détails, … nous avons conscience qu’il faut bosser sur nos voitures : réglage des carburateurs SU (déréglés suite au passage du contrôle technique ), remplacement des faisceaux de phares, remplacement de roues fils voilées et niveaux d’huile de boîte pour ma MG, remplacement de joint de pare-brise et coupe-vent pour celle de Pascal, anneau de remorquage arrière pour les deux (au cas où…).

La trêve estivale derrière nous, les travaux enfin réalisés (sauf le joint de pare-brise), les tenues prêtes nous voici à quelques jours du départ… très impatients. Pascal opte pour la tenue de mécanicien avec casquette anglaise, et je choisis le combo blazer-nœud papillon-panama façon « riviera » en cas de beau temps, ou veste en tweed-nœud papillon-casquette si le temps est couvert. Un dernier coup d’œil sur la météo qui ne s’annonce pas très bonne pour le vendredi mais semble vouloir nous épargner le samedi et le dimanche, et nous sommes prêts !

Jeudi 7 septembre. Coincé dans une réunion qui n’en finit pas je trépigne d’impatience et finalement arrive avant 18h00 à la maison où nous nous sommes donné rendez-vous. La température est clémente, le ciel nuageux mais aucune précipitation n’est annoncée, nous décidons donc de rouler décapotés. Pascal n’a pas monté son coupe-vent, car un ultime essai avec la capote s’est avéré sans appel : à un centimètre près la vitre en plexiglas touche et empêche de fermer la capote. Tant pis, ce sera grosse écharpe et bonnet ! Nous embarquons des talkies-walkies dans les voitures, ce qui s’avérera très utile. 

Vendredi 8 septembre. C’est avec une légère gueule de bois dû au dîner de la veille (Vin de paille, Graves et Givry) mais très motivés que nous prenons la route vers 8h30 une fois avoir fait le plein de nos bolides. Direction Reims, décapotés avec le tonneau cover en place. Il y a peu de monde sur la route où nos deux équipages font sensation. Nous faisons une petite halte à Reims Tinqueux pour faire le plein et prendre un café. Puis nous reprenons la route direction Laon et Calais où nous devons absolument enregistrer avant 15h55. Bien avisés nous repartons cette fois-ci capotés.

Les premières gouttes de pluie nous surprennent une fois passés Laon après notre pause déjeuner, mais c’est à environ 100 km de Calais que cela se gâte : vent latéral violent et averses diluviennes. Il pleut dehors… mais dans nos voitures aussi… surtout dans celle de Pascal qui avait prévu la serviette éponge. Et que dire de la visibilité ! Pascal avec ses trois essuie-glaces (vestiges de la première vie de sa MGB aux USA) a 30% de visibilité de plus que moi, mais tout cela n’est pas fameux… Une fois le plein fait à Calais nous nous rendons au terminal d’Eurotunnel où suite à des problèmes techniques tous les départs sont décalés d’au moins une heure. Le temps d’attente sous les trombes d’eau nous parait interminable. La file se met en branle et nous embarquons enfin dans notre navette. Pascal essore la serviette éponge qui contenait plusieurs litres d’eau… 

Une grosse demi-heure plus tard le train s’immobilise. Puis nous prenons la route en direction de Hastings, en faisant bien attention à rouler du bon côté. Du coup je me sens comme un poisson dans l’eau, ah oui ! Je ne vous l’avais pas dit ? Ma voiture est une conduite à droite… Le temps de ce côté-ci de la manche est plutôt sec et lumineux et la première heure se passe plutôt bien, à enchainer les ronds-points et traverser les villages typiques et les villes côtières du sud de l’Angleterre. Nos mécaniques se portent à merveille et enchaînent les kilomètres, pardon : les miles, sans broncher.

A une heure de notre destination, vers 19h00 heure locale, et alors que la nuit se met à tomber nous essuyons un gros grain, que dis-je une tempête, laquelle ne cessera que 15 minutes avant d’arriver à Upper Beeding. C’est là que nous nous rendons compte qu’avec nos voitures la visibilité de nuit sous les trombes d’eau est quasi nulle, le freinage très léger, la tenue de route correcte mais les rafales de vent requièrent l’attention permanente des conducteurs. C’est avec grand soulagement que nous atteignons notre B&B où Ron, le mari de Lesley, nous attendait. Nous prenons les clefs de nos chambres et taillons un brin de cosette : nous apprenons qu’un couple d’habitués de Goodwood Revival est aussi au B&B, ces derniers apprenant par l’entremise de Ron que deux « frenchies » descendaient au B&B aves leurs MG B pour Goodwood, seraient ravis de faire notre connaissance. Nous prenons note et nous rendons au pub du village, le « Kings Head » pour ne pas manquer le dernier service. C’est vrai que la route creuse un peu… et puis je l’ai bien gagnée, ma pinte de Carling ! Le burger fait maison est excellent, le temps s’annonce radieux pour le lendemain, et c’est ravis que nous rejoignons notre B&B pour une nuit bien méritée.

Samedi 9 septembre. Grand soleil. Nous forçons la main de Ron pour qu’il nous serve le petit déjeuner un peu plus tôt que 7h30 car nous piaffons d’impatience. Nous faisons sensation auprès de Ron avec nos tenues, j’avoue que notre équipage a de la classe. Nous préparons la voiture, nous partons avec la mienne. Je fais les niveaux, décapote quand soudain un gentleman nous aborde. Dennis se présente, nous salue et nous explique qu’il est membre du GRRC (Goodwood Revival Racing Club), que son épouse et lui sont ici pour Goodwood, qu’ils viennent tous les ans, qu’ils ont une Daimler v8 malheureusement en panne, et qu’ils n’ont pas réussi à avoir de places pour le samedi. S’en suit une petite causerie sur nos voitures et sur le courage d’être venus de France avec nos MG. Puis il nous tend son badge de membre du GRRC ainsi que deux entrées Paddocks réservées aux membres du GRRC arguant du fait qu’il ne peut les utiliser aujourd’hui. Nous restons stupéfaits par tant de gentillesse, le remercions et c’est avec un sourire non dissimulé que nous partons pour Goodwood à environ une demi-heure de Upper Beeding. Décidément cette journée s’annonce bien.

Le trajet prendra une heure car à quelques kilomètres de Goodwood nous sommes stoppés nets dans un gigantesque embouteillage. Mon ralenti ne tient pas et je joue du starter. Une BMW cabrio est arrêtée sur le bord de la route, radiateur fumant. J’ai un ventilateur électrique. Je suis sauvé. Les voitures qui nous entourent sont toutes plus phénoménales les unes que les autres. Des TVR gonflées à bloc, des Bristol, Morgan, Rover, type E, Bentley… nous sommes bien en Angleterre. 

A l’approche du circuit, étant au volant d’une ancienne, nous sommes dirigés vers le parking réservé aux anciennes. Et là aussi il y a une séparation : Il y a les pré-66 et « les autres ». Le personnel de l’organisation a l’œil fin puisque nous sommes invités à nous garer chez « les autres ». Nous accédons au pré en herbe, ou bien devrais-je dire « en boue » par le biais de routes à sens unique faites de plaques métalliques : quelle organisation ! En revanche, une fois sur l’herbe il faut éviter les allées de boue au risque de s’enliser. Vision un peu apocalyptique mais ce qui nous marque, c’est la bonne humeur et le détachement très britannique des visiteurs qui les pieds dans la boue et leurs montures crottées jusqu’au milieu des portières trouvent leur chemin entre les ornières en plaisantant comme si de rien n’était. Il faut dire qu’autour de nous c’est le paradis à quatre roues : formidable concentration d’anciennes, toutes plus belles et plus rares les unes que les autres. Et nous ne sommes pas encore entrés !

Puis soudain la magie opère : nous effectuons en l’espace d’un instant un retour de 50-60 ans en arrière. Tout est à l’avenant : les installations de cet ancien circuit et de cet ancien aérodrome fleurent bon les années quarante. Les stands, les véhicules, les écriteaux, la signalétique : tout est fait pour vous plonger dans cette époque glorieuse où les mécaniques sentaient bon l’huile et les vapeurs d’essence, les chromes rutilaient, les lignes n’étaient qu’élégance. Et que dire des visiteurs ! Presque tout le monde joue le jeu et les costumes sont incroyables ! Ces dames sont toutes très élégantes et ces messieurs portent fièrement leurs couvre-chefs ! Les rares enfants présents sont en tenue de mécaniciens. Nous ne savons pas où donner de la tête tant l’ensemble est ravissant. Ici une dame élégante avec cape de zibeline et petit chapeau à plumes, là une jeune femme en tenue seventies, deux gentlemen avec complet veston en tweed et belles moustaches et au détour d’un virage une tablée de deux couples : les messieurs en pilote de ligne … et leurs compagnes en hôtesses de l’air Pan Am. Trop classe ! Pascal mitraille avec ses appareils photo, ça nous fera de très beaux souvenirs. Nous décidons de nous rendre dans les paddocks, car c’est là que tout se passe. 

Au milieu des plateaux d’Aston, Maserati, Ferrari, Alfa Roméo, Ford GT40, Bentley, nous croisons deux MG de  course d’avant-guerre en plein réglages, les techniciens s’affairent autour des bolides et font des essais à haut régime : bouchons d’oreille obligatoires. Le son nous met aussi dans l’ambiance et nous sommes plongés dans l’univers de la course avec les hurlements des plateaux qui tournent et les commentaires du speaker dans les haut-parleurs. Il y a une petite dizaine de courses chaque jour, et les plateaux regroupent les véhicules par époque et par catégorie (voitures de course ou voitures de série préparées pour la course). 

 

 

 

 

 

En milieu de journée nous assistons au show aérien près de l’aérodrome : P51 Mustang, P38 Lighting, Spitfire, P4 War Hawk et autres merveilles en démonstration d’attaque virevoltent autour de nous dans un vacarme assourdissant. En bord de piste des batteries de DCA avec tentes et matériels de la seconde guerre mondiale qui nous rappellent le rôle important de cet aérodrome lors de la guerre. 

 

 

 

 

 

 

Dans l’après-midi nous accédons à la tribune du Lavant Corner à l’une des extrémités du circuit pour mieux suivre les courses. Ca attaque dur dans les virages, quelques ERA en font les frais : sorties de route et collisions sous nos yeux. Heureusement pas de blessés mais une ambiance du tonnerre ! 

Sur le chemin du retour vers les tribunes de la ligne droite, nous longeons le circuit où quelques élégants privilégiés ont installé chaises à piquenique, couvertures, seau à champagne à côté de leur Rolls, Jensen ou de leur Lagonda.  Ambiance inimitable… Nous restons jusqu’à la dernière course, et décidons de retrouver la voiture. Mais le spectacle continue sur le parking : les tracteurs sont mis à contribution pour sortir d’un mauvais pas autres Porsche, Ferrari, Lamborghini aux pneumatiques bien trop larges pour se frayer un chemin dans la boue et rejoindre les routes métalliques provisoires  . Nous avons plus de chance : derrière nous il y a de l’herbe, et les plaques métalliques ne sont qu’à quelques mètres… 40 minutes plus tard, nous rejoignons notre QG le King’s Head pour un débriefing devant une pinte de Carling !

Dimanche 9 Septembre. Le temps est très beau mais nous savons que cela doit se couvrir. Nous devons repartir de Goodwood à 14h00 en prenant une marge pour être certains de ne pas manquer notre navette Eurotunnel à Folkestone. Nous avons prévus de dormir à Béthune, à environ une heure de Calais direction Reims. Nous retrouvons Dennis au petit déjeuner et lui restituons son badge du GRRC et ses accès aux paddocks tout en le remerciant chaleureusement. Dennis est costumé en officier de la RAF de la seconde guerre mondiale et son épouse Mary arbore un style « années 40 » très authentique. Nous faisons les niveaux, il me faut rajouter environ ½ litre, rien d’anormal. J’ai remplacé mon panama par une casquette à carreaux et mon blazer par la veste en tweed. Cela fait plus couleur locale. Puis nous prenons congés de nos hôtes ainsi que de Dennis et Mary à qui nous promettons de revenir un jour ! Le plein fait nous repartons pour Goodwood. La magie opère toujours, l’ambiance est toujours au rendez-vous même si le temps se couvre. Nous profitons de nos dernières courses et faisons un dernier tour des stands : passage au stand SU obligé, ainsi qu’une multitude de boutiques éphémères qui vendent des vêtements, chaussures, gants, casquettes ainsi que des accessoires aux couleurs de la GULF ou griffés Aston Martin Racing. 

Nous visitons également dans le hall une exposition temporaire TWR avec de jolies filles au look seventies et retournons à reculons vers nos voitures… car il nous faut déjà prendre le chemin du retour. Ron nous avait conseillé de faire attention à Brighton : il y a une manifestation de motards et on attend 15.000 motards sur les routes. Effectivement ça peut devenir gênant. Après une étude de la carte et une programmation des GPS vers Hastings, nous quittons Goodwood …

Je prends les devants et adapte la destination du GPS pour être certain de rester sur la côte et d’éviter le centre-ville de Brighton. En chemin, le GPS me fait bifurquer à gauche, et la route soudain devient de plus en plus étroite, serpente en forêt entre deux murs de verdure, elle est de plus en plus cabossée… et pourtant mon GPS a l’air sûr de lui. La route requiert de vraies qualités de pilote… et elle devient si étroite que je me demande comment il est possible de croiser un autre véhicule. Heureusement elle semble être peu fréquentée. Pascal qui me suit me contacte au talkie-walkie : son GPS a pris 45 min dans la vue au moment où j’ai bifurqué à gauche. Me serais-je trompé ? Saisis d’un gros doute nous faisons une petite halte et… jetons un coup d’œil sur la carte… et oui, finalement la version papier, ça a du bon ! Ouf ! Pas de problème, cela semble plausible même si cet itinéraire parait un brin alambiqué. Ce qui au final nous surprend le plus, c’est l’état du réseau routier anglais…

Folkestone, terminal Eurotunnel. On me propose une navette 30 min avant l’heure prévue. Je préviens Pascal… qui n’a pas cette chance. Bizarre. De nouveau une attente et un retard de plus de 30 minutes. Nous nous donnons rendez-vous à la première station-service après l’arrivée côté français. De retour en France, il est 20h30 heure locale et il pleut des cordes. Pascal me rejoint, nous avalons un sandwich et nous prenons la route direction Béthune. Ma voiture tremble par intermittence, cela semble provenir de la roue avant gauche. Je trouve ça louche. Une fois l’autoroute quittée en direction de notre hôtel, je remarque un bruit sourd lorsque je tourne à gauche dans les ronds-points. Pas très rassurant tout ça. Je suis crevé, ce sera pour demain matin.

Lundi 10 septembre. Nous décidons de démonter la roue avant gauche car elle bouge dangereusement. Le problème est identifié très rapidement : le filetage intérieur du knock-off chromé est coupé net et le knock-off ne tient plus grand-chose. Heureusement j’ai toujours un jeu de knock-off dans le coffre . Problème réglé. Et nous prenons la route en direction de Reims. Le temps est couvert, il doit s’améliorer en cours de route. Nous partons capotés. De nouveau une halte à Reims pour faire le plein puis une pause déjeuner à Verdun. A Verdun, je prends le pari que le temps sera plus clément et je décapote. Bien vu ! Et nous terminons ce superbe week-end avec de belles sensations de conduite sous le soleil de septembre. Nous atteignons Wissembourg à 16h30, fatigués mais la tête pleine d’images et de souvenirs de ce superbe week-end et de cette virée avec nos deux MG, presque sans pépin. Nous avons roulé 1600 km et bravé tous les temps. C’est bien peu pour un si beau saut dans le passé… !

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Régis Davard

Photos : Pascal Wendel

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