Les MG étaient fabriquées, il y a bien longtemps, en Angleterre par un certain Maurice dans son garage, enfin je crois… c'est à peu près tout ce que je sais de ces jolies voitures lorsque j'arrive au lycée Camille Jenatzy en ce matin du lundi 2 Juillet, premier jour du stage "Initiation à la mécanique". 

 

Il y a des voitures prévues pour les travaux pratiques (dites ' TP  ' s'il vous plaît çà fait quand plus 'd'jeuns').

 

 

Ma voiture est du nombre car je suis parisien. Je n'ai que quelques kilomètres à parcourir. Il me faut quand même affronter une grosse difficulté. Le périph à 8 h du mat'. Bloqué. On roule "arrêtés" et l'aiguille du circuit de refroidissement monte inexorablement vers le rouge. Vous connaissez tous çà je pense. Stressant.

 

 

Finalement tout va bien j'arrive à temps. Une fois sorti du piège du périph l'aiguille de température d'eau s'est un peu calmée. Au coin de la rue, juste avant d'entrer dans la cour du lycée je m'arrête. Je décapote, je mets ma casquette à l'envers façon coureur, j'enfile mes gants à trous trous, je chausse mes lunettes de soleil sur le nez et je passe le portail en faisant ronfler le moulin histoire de frimer un peu… J'ai pas acheté cette voiture là à ce prix là pour passer inaperçu quand même…

 

A l'intérieur c'est genre 'rentrée des classes'. Les lycéens sont en vacances mais nous sommes douze 'élèves stagiaires' qui ne nous connaissons pas, alors forcément au début chacun reste un peu sur son "quant à soi". On s'observe avec une prudente réserve. Un bloc de papier tout neuf devant le nez, un stylo en état en marche. La date et l'intitulé du stage en haut à droite de la première feuille blanche. C'est à çà qu'on reconnait les bons élèves…

 

Les profs sont là. Ludovic, calme, serein, et Régis, nerveux, vif… Deux MG sont présentes pour les 'TP'.

 

A 9 heures, les café et croissants sont avalés. Le stage démarre et prend son régime de croisière. Très vite on comprend qu'ils se complètent parfaitement nos deux profs et qu'on va passer 4 jours plutôt intenses. Faudra s'accrocher si on veut suivre… Ludovic explique posément, calmement et Régis mime et démontre. Ludovic raconte et Régis 'vit' la mécanique. Un numéro de duettistes bien rodé. Ludovic c'est l'enseignant parfait, rigoureux, précis, méthodique. Régis c'est la chanson de gestes, le troubadour du Moyen-Age. Mais pour agréable et ludique que soit la formation, elle est aussi parfaitement pédagogique. Chaque explication est accompagnée d'un schéma au tableau et comme l'endroit est un lycée où on enseigne la technique automobile, il dispose d'équipements particulièrement intéressants pour étudier les différents dispositifs. Je pense notamment à la table où sont fixés et connectés tous les éléments d'un allumage c'est-à-dire qu'ils sont bien visibles par tous et non pas coincés sous le capot d'une voiture. Batterie, bobine, allumeur (ouvert), vis platinées apparentes, bougies à l'air libre pour visualiser les étincelles. On peut voir en vrai l'action des différents éléments comme le condensateur par exemple, avec lui, les bougies font des étincelles, sans lui, les étincelles se font au rupteur. On peut même prendre une 'châtaigne' de HT si on veut… c'est vous dire si c'est didactique.

 

 

Les pièces de mécanique passent de main en main actionnées d'abord par nos formateurs ensuite par chaque stagiaire. Il n'est pas un élément important que nous n'ayons étudié "in situ". Le mouvement du piston dans son cylindre, la rotation de l'arbre à came sur ses portées, la soupape dans son guide, le vilebrequin sur ses paliers. Rien ne nous échappe. Nous sommes en excursion dans les entrailles de nos autos. 

 

Un exemple parmi d'autres. L'explication du fonctionnement d'une pompe à huile. Ludovic nous explique scientifiquement comment çà fonctionne ce zinzin avec schéma à l'appui au tableau. Il est facile de comprendre comment deux roues dentées enfermées dans un carter et opposées l'une à l'autre peuvent en se croisant les engrenages "aspirer" l'huile d'un coté pour l'envoyer de l'autre vers les endroits adéquats du moteur. C'est clair, c'est limpide, c'est suffisant mais pas pour Régis qui s'absente un instant, file vers sa caverne (voir plus bas) et revient porteur d'une pompe à peu près semblable à celles de nos voitures. Clé, démontage et démonstration du fonctionnement en réel. Comme ce n'est toujours pas suffisamment explicite à son goût il s'absente de nouveau revient avec une bassine et un bidon d'huile. Comme on commence à le connaître le lascar on s'écarte prudemment.

 

 

L'huile est versée dans la bassine et glou glou la pompe fait trempette. Régis actionne alors vivement l'engrenage de commande, l'huile est effectivement aspirée d'un côté pour jaillir un peu partout aux alentours. Elle marche bien sa pompe. On a bien fait de s'écarter…

 

Le pont élévateur aussi. Bien pratique pour identifier les différents points de graissage. Et aussi comment les utiliser. Boite, pont, graisseurs. On a tout passé en revue. On a démonté les roues pour étudier les freins. Même qu'à la fin du stage au moment de partir Ludo et Régis sont venus vérifier qu'elles étaient bien resserrées. C'est sympa…

 

La lampe stroboscopique. C'est rigolo le scintillement d'une lampe stroboscopique, çà fait festif je trouve. On peut s'en servir pour fêter Noël ou son anniversaire et en plus çà a une utilité. Les profs nous ont expliqué à quoi çà sert. On repère les repères, sur le carter moteur et sur la poulie et hop ! On a plus qu'à regarder l'écart entre les deux. Ca permet de connaître précisément le degré d'avance à l'allumage. C'est magique !…

 

 

Régis suit le plan de stage tout comme Ludovic, mais avec parfois des digressions fort intéressantes. Le rôle de l'huile dans le système de refroidissement. Les contraintes thermiques. Les compromis auxquels sont astreints les constructeurs. Les amours contrariés du piston et de la bielle. L'historique du moteur à explosion. On s'éloigne parfois du sujet principal mais c'est intéressant. J'apprends qu'un certain monsieur Beau de Rochas aurait inventé le vélo, enfin le cycle  quoi… Ludovic recentre le débat car il faut bien tenir compte du temps dont nous disposons.

 

En plus de toutes ces démonstrations concrètes il y a les fameux 'TP'.

 

Sur l'une des voitures, la MG B jaune, superbe, nous avons, oui, nous les stagiaires, grâce à l'enseignement de Régis et Ludovic après avoir fait leur fête aux culbuteurs nous avons optimisé les réglages carbus et le dernier jour à la dernière heure la MG B jaune tournait comme une horloge. On était rudement fiers…

Un rotor bien retors…

 

Autre exemple. L'un des participants dont la voiture ne démarrait pas venait chaque jour avec des petits bouts de MG dans ses poches pour les tester. Un jour la tête de delco, le lendemain les bougies, le surlendemain la bobine, le… Si le stage avait duré un mois il aurait fini par la démonter complètement son auto et il nous l'aurait amenée en pièces détachées. On se serait amusés à la remonter mais elle n'aurait toujours pas démarré… Heureusement Ludovic et Régis nous ont enseigné l'art de chercher et trouver une panne électrique. Avec un multimètre c'est bien mais avec deux fils et une ampoule 12 V c'est possible aussi. Grâce à quoi on a déterminé que l'élément en panne était le rotor d'allumage. Une pièce à "2 balles". Car c'est là un des enseignements les plus utiles du stage. Savoir diagnostiquer une panne de façon précise et ainsi éviter de faire des dépenses inutiles. C'est valable lorsqu'on travaille soi-même sur sa voiture mais çà l'est tout autant et peut-être même plus lorsqu'on soustraite l'entretien auprès d'un professionnel.

 

 

La solidarité de la clé de 13

 

Lorsque vous faites équipe avec un partenaire pour défaire un écrou bigrement coincé et fichtrement mal placé. Vous vous acharnez sur l'écrou alors que votre comparse bloque le contre écrou. Vous ne lui demandez pas s'il a fait Sciences Po' ou l'ENA ou s'il est adventiste du septième jour… Vous lui demandez de tenir bon pendant que vous vous efforcez de décoincer cette sal***rie d'écrou.
Alors forcément au bout d'un temps assez rapide, à la réserve du début succède une confiance amicale. Puisqu'on est complices dans l'effort un tutoiement de bonne camaraderie se substitue parfois au vouvoiement. Ca se fait naturellement. Chacun fait comme il veut. Pas d'obligation. Le principal c'est d'arriver à défaire ce *** d'écrou qui s'obstine à vous emmerd**

L'horaire 


Ne croyez pas que l'horaire indiqué sur la convocation sera respecté. On est entre passionnés. A 8 h30 pour les lève-tôt on prend le café et on grignote les viennoiseries en discutant mécanique. Chacun évoque les petits soucis qu'il rencontre sur sa voiture. Les joies aussi. A 18 h30 voire 19 h ou plus tard encore on est toujours là et on n'a pas vu la journée passer. Ludovic et Régis sont toujours aussi disponibles, d'une patience infinie. C'est comme çà. 

 

 

 

 

 

La caverne de Régis 

 

Amis de la chlorophylle et des sous-bois verdoyants passez votre chemin… 

 

La caverne de Régis, c'est un vaste local attenant à la salle de cours. Comment le décrire…

 

Imaginez sur environ 100 m2 un amoncellement hétéroclite de pièces d'automobile et d'objets métalliques d'origine indéterminée de tous âges et de toutes formes. Bielles, culasses, pistons soupapes, vilebrequins, dynamos, de toutes les races et de toutes les époques. C'est une sorte de temple de la ferraille, un peu graisseuse de préférence.

 

Pour les anciens çà peut aussi évoquer une casse assez glauque comme on en trouvait en région Parisienne, du côté de Nanterre dans les années cinquante avant les barres HLM…

 

Un couloir étroit et tortueux permet de circuler(!), à vos risques et périls au milieu de cet invraisemblable bric à brac. Comme les autres stagiaires je parcours l'endroit en prenant mille précautions et en essayant de me souvenir de quand date mon dernier rappel de vaccin antitétanique… la ferraille agressive est partout. On peut y laisser sa chemise et sa viande…

 

Mais si vous cherchez une magnéto pour votre Darracq 1905 ou un culbuteur pour votre Mercédès 300 SL de 1955 (celle que vous avez rachetée à Louis Malle après le tournage d'Ascenseur pour l'échafaud) vous êtes au bon endroit. Demandez à Régis. Il va lancer une expédition en apnée style 'grand bleu' dans sa ferraille et va sûrement vous trouver çà.

C'est pareil, si vous êtes amateur de musique de chambre, esthète du hautbois ou de la flûte traversière, l'endroit n'est pas non plus fait pour vous…

 

Car non seulement c'est désordre, çà sent le cambouis mais en plus çà peut faire du bruit…

 

En effet si vous voulez lui faire plaisir demandez à Régis de vous faire une démonstration de sa voiture de course. D'ailleurs même si vous ne lui demandez rien il la fera quand même, trop content…

Coincé sous une tondeuse à gazon désossée et un poste radio à lampe style La voix de son Maître se trouve un objet bizarre.

Un appareillage de tubes hétéroclites assemblés on se demande comment et pourquoi. Ca ressemble à… rien.

A l'arrière de cette ferraille baroque trône une chose estampillée Renault, un moteur ? sûrement, même qu'il est connecté à des mégaphones monstrueux tout droit venus de l'enfer. C'est la voiture de Régis…

 

Régis se déplace, lui, avec l'aisance d'une ballerine dans ce capharnaüm. Et il couve "la chose" d'un regard tendre et protecteur.

 

J'aurais dû me méfier quand j'ai vu Ludovic s'éloigner discrètement en se bouchant les oreilles. 

 

Un petit litre d'essence dans le moteur plus une bonne rasade sur ses chaussures pour faire bonne mesure et en voiture ! … Contact !  Démarreur !  "Vrrraaaoooummm !"

 

- Entre 180 et 200 CV ! hurle-t-il à s'éclater les cordes vocales, l'œil pétillant de bonheur. Moi je les ai pas comptés mais je suis sûr qu'ils sont là ses bourrins, même qu'ils sont en échappement quasi libre, et à trois mètres des oreilles çà sonne !

 

Tout en lançant des coups de gaz qui nous explosent la tête il explique avec la fierté d'un père dont le rejeton viendrait enfin à dix-neuf ans de réussir à décrocher le certif '  comment "avec çà" il tape les autres au freinage et, comme il est honnête, comment il se fait parfois taper à son tour…

 

Moi je veux bien, mais vu comme çà, sur tréteaux, sans roues, sans carrosserie et sans volant je lui vois qu'un seul usage à son engin de la mort, péter les tympans de tous les mammifères du quartier…

 

Conclusion

 

Entre la caverne de Régis et les pièces de mécanique dont dispose le lycée on peut dire qu'on aura eu l'occasion de voir, de toucher et d'expérimenter tous les éléments essentiels qui composent une automobile. (Pas un mot sur l'allume cigare il aurait fallu un cinquième jour).

 

 

Le plus difficile finalement c'était d'arriver à nous caser tous sous un capot de MG. On a fait des équipes, et il y avait deux voitures heureusement.

 

 

 

Conclusion de la conclusion

 

On a appris beaucoup de choses et on s'est bien amusés pendant ces quatre jours. Objectif atteint. Merci à tous, profs, organisateurs et participants…

Amicalement,

 

Alain-Pierre Pollack

 

Photos : Jacky Lelièvre, MG Club de France, tous droits réservés

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